samedi 7 juin 2008

Back to the Start

Eurostar 9040 à destination de Paris Gare du Nord, bonjour. 28ème, et très certainement dernier message de ce blog Radio Londres. Mon séjour dans la capitale britannique s'est achevé ce samedi 7 juin à 16h25, après 9 mois dans la résidence universitaire de Canterbury Hall.


Il y a là comme un retour amusant des choses. Alors que ce séjour s'achevait, les activités qui m'ont occupé durant les deux semaines écoulées, à partir de la fin de mes examens, ressemblaient fortement à ma première quinzaine londonienne : faire les activités touristiques à ne pas rater (précisément celles qu'on avait réussi à rater jusqu'ici), revisiter des endroits qu'on a déjà vu mais juste pour se rafraîchir la mémoire (nostalgie du lieu qu'on va quitter), donner sans arrêt ses coordonnées (aux gens avec qui on veut rester en contact), et se rendre compte que finalement on ne connaît (personnellement) pas grand monde dans ce vaste Hall qu'est Canterbury.


Une dernière photo de moi, dans ma chambre de Canterbury pas encore dénudée



Au registre des choses à faire, je suis allé jeudi soir dernier voir la comédie musicale Chicago, dans un théâtre de Soho. Petite appréhension quand même, une fois arrivés sur place, quand nous nous rendons compte que le rôle de Roxie Hart est joué depuis quelques jours et pour six semaines seulement par une lauréate de l'émisssion de télé réalité Popstar, l'équivalent britannique de la Star Academy. Le préjugé négatif se montre très malvenu, tant l'actrice est époustouflante dans son rôle de jeune blonde aussi faussement naïve qu'ambitieuse. Au final, un grand moment de musique et de danse. J'avais trouvé le film remarquable, la comédie musicale est encore nettement au-dessus. On se demande quel casting drastique a eu lieu, tant la vingtaine d'acteurs sur scène est performante.


L'affiche de Chicago, au-dessus de l'entrée du théâtre



Pour les choses déjà faites mais à refaire, il y a surtout eu une nouvelle matinée à Brick Lane, le quartier pakistanais de la ville. Au programme : acheter de quoi décorer ma chambre l'an prochain, et surtout profiter une dernière fois de l'atmosphère agréablement décalée du quartier. Rafraîchissement de mémoire, donc, mais aussi redécouverte : en passant par des rues adjacentes, nous tombons sur des graffitis, au sol et aux murs, plutôt sympathiques.





Divers détournements de places de parking, qui m'ont fait rire



Au cours des derniers jours, petit à petit, le Hall s'est lentement vidé. Pour les deux principales universités de Londres (en terme d'effectifs), King's College et London et University College London (UCL), les derniers examens, ceux des moins chanceux, avaient lieu hier vendredi. Départ forcé pour tout ce petit monde-là aujourd'hui. Ce fut donc le temps d'adieux plus ou moins déchirants. Sans doute plus difficiles pour nous les étudiants Erasmus, qui savons bien que nous ne reviendrons pas à Londres pour le premier semestre de l'an prochain.


La dernière sortie nocturne du groupe Erasmus dans un bar de Brick Lane
De gauche à droite : Espagnole, Allemand, Singapourien,
Française, Français (yep), Italienne, Italienne encore et Brésilien



Comme toute fin doit s'accompagner d'un bilan, je m'y plie : j'ai passé une excellente année à Londres, même si l'université de King's College en elle-même ne m'a pas fasciné. Je serais enthousiaste sur mon Hall, tant il encourage la sociabilisation (même si peu poussée) s'il n'y avait pas un aspect flicage pas vraiment sympathique. Pas d'invités après 23h, obligation de montrer sa carte pour rentrer, senior students s'apparentant malheureusement à une milice locale, abusant parfois de leur maigre pouvoir sur les résidents, avec un système général qui repose plus sur la peur de la hiérarchie que sur un respect mutuel. Malgré tout, je ne vais pas faire la fine bouche : je suis tout simplement ravi de ce séjour, un peu déçu même qu'il s'achève tant les derniers mois sont passés vite. On s'en remettra, à n'en pas douter.


Bye bye, Canterbury Hall et sa salle commune



Voilà. C'est la fin de Radio Londres, car ce blog n'avait de sens (s'il en avait un) que dans le contexte du séjour d'études à l'étranger. Comme vous l'aurez remarqué, vous n'avez pas échappé à un cliché littéraire des plus banals, celui de la fin comme d'un retour au commencement. Je pourrais conclure que "la boucle est bouclée", mais surtout qu'un nouveau départ se profile, avec les vacances commençant par mon installation dans ma nouvelle chambre de bonne à Paris, puis mon boulot d'appariteur pour le CAPES à Tours. Mais voilà, je vais être encore moins original que ça, en concluant par les deux derniers mots qu'on attend toujours à la fin d'une histoire, aussi banale soit-elle :


THE END




vendredi 30 mai 2008

'I need a vacation'

Bon, j'ai pas de "formule d'accroche" bidon qui me vient à l'esprit, là maintenant tout de suite. On fera donc sans. C'est parti :


Ma période d'examens, qui a commencé il y a deux semaines et s'est achevée hier en fin de matinée, s'est bien passée. Trois examens seulement, il faut dire, avec des sujets jouables pendant les épreuves. En fait, le point noir de la période fut la hier, sur le coup de 13 heures, quand, tout à ma joie d'être enfin en vacances (je faisais partie des tous derniers étudiants de King's à ne pas déjà l'être), je découvre qu'on a vidé mon portefeuille de tout mon liquide, dans le vestiaire du centre d'examen. Je venais de retirer de l'argent à un distributeur... Bon, en tout, ça fait une vingtaine de livres, et surtout, je peux encore m'estimer heureux : le généreux pickpocket n'a pas touché à ma carte bleue, dans le même portefeuille, ni même, et ça c'est étonnant, à mon lecteur MP3, qui se trouvait dans la même poche. Moralité de l'histoire : n'allez pas aux examens, ça vous coûte cher. Surtout si on considère que "le temps, c'est de l'argent", mais c'est un autre débat.


L'objet du miracle...
Quoi ? Keskya ? Oui, je sais, si vous êtiez le voleur, vous non
plus vous l'auriez pas pris ! Et alors ?Il est très bien mon MP3, d'abord !


Un mot rapide sur les conditions d'examens : le centre du Lidley Hall, dans lequel j'ai passé mes trois épreuves, a une capacité de 500 personnes. Ça fait du monde, et, en théorie, ça fait du bruit. Or, non. Les étudiants britanniques sont étonamment respectueux des consignes innombrables énumérées au micro par les surveillants. Vous arrivez 10 minutes avant le début de l'examen dans une salle silencieuse, pas un siège n'est vide, les sujets sont déjà sur les tables. Pas un seul étudiant n'essaie de deviner les sujets en les lisant à l'envers, par transparence. Silence de cathédrale. Quand le micro annonce la fin de l'examen, les stylos sont tous posés dans les 15 secondes qui suivent. Pas un mot d'échangé avant de quitter le bâtiment. Discipline totale, et un peu oppressante, quand même. On est pressé de sortir quand on a fini.


Pour le reste, ma période d'examen ne s'est pas non plus limitée à une apathie totale à égale distribution entre bibliothèque de King's, bibliothèque de la Senate House, et bibliothèque du Hall. Pour info, les bibliothèques sont classées ici par standing décroissant, à l'image la motivation sur la période. Accompagné d'étudiants Erasmus (on m'excusera la faute d'accord grossière – private joke), je me suis rendu à Greenwich Village, la petite ville de la banlieue londonienne dont part le méridien qui influence dramatiquement vos vies, où que vous soyez. Bon, pour être honnête, j'ai pas vu le méridien, du moins pas encore (je compte y retourner), parce qu'il faisait moche et que les parcs anglais sous la pluie, on a le droit de pas trop aimer. Mais la glace Ben & Jerry's était délicieuse. Hum.


Une échoppe de Greenwich Village.


Pour en revenir, au Hall, celui-ci se vide peu à peu. Ce soir, sortie d'adieux en groupe avec les Erasmus, pour aller dîner pakistanais à Brick Lane, dans l'est de Londres. Hier, c'était bar à shisha avec sciences-pistes du côté de Camden, avant les départs d'un nombre toujours croissant d'entre nous. Et demain... Bah demain on verra. Chaque chose en son temps. Départ définitif le samedi 7 juin, ce n'est pas encore totalement fini. Mais on n'en a jamais été aussi proche.



Camden by nightfall.


Allez, atchao bon week-end !

mercredi 14 mai 2008

21 in London

Ha, Ha... Nous revoilà ! En direct, une fois n'est pas coutume, de la Maughan Library, bondée comme c'est pas permis, surtout quand on prend en compte le soleil de printemps rayonnant à l'extérieur. Mais voilà, si j'ai la chance d'avoir des examens plutôt tardifs, certains sont déjà plongés en pleine période d'érudition à retardement, et en catastrophe. Le soir, les étudiants britanniques troquent désormais strass et paillettes contre stress et partiels. Ils profitent du rare temps libre qu'ils s'octroient pour lézarder sur les pelouses des nombreux parcs londoniens, attendant avec espoir que leur peau bronze un peu : que de bleu pâle, elle devienne presque blanche. À leur décharge, il fait un temps magnifique, la BBC nous dit qu'il fait actuellement 21°C sur Londres, c'est pour dire. Bref, pour nos étudiants indigènes, ces séances d'exposition solaire se terminent souvent en feux d'artifice de rose et de rouge, bien visibles le lendemain soir au dîner.


La nouvelle population des Cartwright Gardens


Par ces temps ensoleillés, on remarque donc nettement plus les 'so british' que les autres. Par exemple, il y a un homme blond, à la peau très claire et aux yeux très bleus, qu'on voit partout en ce moment, et ce n'est pas à cause de ses coups de soleil. Cet homme, c'est depuis 2 semaines le maire de Londres, le conservateur Boris Johnson, qui fait la une de nombreux journaux. Il a battu le maire sortant, travailliste, aux deux mandats consécutifs, qui a fait remporter les Jeux Olympiques de 2012 à Londres – demandez à Delanöe –, et unanimement salué pour son bilan. Boris Johnson, c'est l'homme qui vous affirme en toute sincérité que "le problème, c'est l'islam", que Portsmouth (sud de l'Angleterre) est une "ville déprimante pleine de drogués, d'obèses, d'incapables et de députés travaillistes". Quel dommage qu'il ne soit pas français : il aurait fait un bon supporter ultra du Paris-Saint-Germain, hein ? Bref, charmant personnage. Ce type-là est donc devenu maire d'une des villes les plus cosmopolites du monde. Cherchez l'erreur... "L'erreur", elle s'appelle "The Evening Standard".


"Débordement de la Tamise : préparez-vous à fuir !"
Voilà le genre de trucs qu'on voit tous les jours dans les rues de Londres.


Je vous avais déjà parlé de ce quotidien londonien, qui fait des unes de tabloïd tout en s'autoproclamant "London's Quality Newspaper". Pour vous donner une idée, le Evening Standard, c'est le type de journal qui vous publie en première page, à une semaine des élections, un article s'intitulant "Ken supported by unions plotting tube strikes". En VF, ça donne à peu près : "Ken [Livingtstone] soutenu par des syndicats complotant des grèves de métro". Anecdote véridique, je vous assure. En gros, le Evening Standard, c'est des journalistes au niveau de ceux du Parisien, les positions du Figaro (l'admiration pour Philippe de Villiers en moins), et autant de scrupules que l'équipe de campagne d'Hillary Clinton au meilleur de sa forme. Mais le tout avec la mise en page du Monde. D'où le "Quality Neswpaper". CQFD.


Un peu moins véridique que l'anecdote plus haut,
ce détournement humoristique d'une 'front page' du
Evening Standard :
"[Révélation d'un] ancien conseiller : Ken [Livingstone] a tué
d'adorables chatons juste pour rigoler"


Bref, Boris Johnson en moins, tout se passe très bien ici à Londres. Les plus avertis d'entre vous l'auront sans doute deviné : le titre de ce post n'a pas pour seul objet la météo. Et oui, car dimanche 11 mai dernier, nous avons modestement célébré le 179ème semi-anniversaire de la fin de la Première Guerre Mondiale, ainsi que mes 21 ans, un peu moins modestement. Tout cela a commencé le jour même, avec une balade dans un grand parc du nord de Londres, Hampstead. En fait, ça change pas mal de Cartwright Gardens, parce que c'est beaucoup plus grand, beaucoup plus vert, et aussi beaucoup moins sale (car, à l'évidence, certains étudiants du Hall ont été mal renseignés sur l'emplacement précis de la décharge publique du coin).


Hampstead Park. Au centre de l'image, en arrière-plan, vous pouvez apercevoir
le fameux bâtiment-cigare de la City, le "Swiss Re"


Bref, de retour à Canterbury Hall, petite soirée fort sympathique entre Français expatriés à Londres, et étudiants Erasmus voisins. Je tiens à remercier ceux qui ont pu venir, mais aussi ceux qui y ont pensé, et dont j'ai reçu des messages qui m'ont beaucoup touché. Pour ceux qui n'y ont pas pensé, avant de vous dire "zut, j'ai pas assuré", envoyez-moi au moins un mail pour être sûrs que je connais votre date d'anniversaire à vous... Si c'est le cas, ne vous en faites pas, je ferai genre je l'ai oubliée, comme ça on sera quitte ;) Tiens, pendant que j'y suis, je mentionne que ceux qui parmi vous faisaient confiance à Facebook pour les anniversaires sont excusés : j'ai récemment déactivé mon compte, pour des tas de mauvaises raisons. "For plenty of bad reasons", c'est aussi comme ça que j'avais justifié mon vote municipal pour Livingtstone à l'Américain Nate, camarade du Hall. Sa réponse avait été foudroyante : "Plenty of bad reasons ? Sounds like Liverpool". Ceux qui auront suivi mes pérégrinations du côté de la Mersey il y a quelques semaines de cela, et qui auront compris mon attachement à ce club de foot du Liverpool FC, devraient pouvoir suivre.



Au passage, une caricature faisant référence à une autre gaffe de Boris Johnson :
Ses excuses publiques aux habitants de Liverpool, dont il s'était attiré
les foudres en déclarant
que ceux-ci étaient porteurs d'une "mauvaise psychê".



Voilà, pour finir, petite pensée éthylique pour mes amis expatriés aux Etats-Unis : me voilà désormais assez âgé pour boire légalement une bière dans la land of the free, home of the brave, etc ! Ouf, il était temps, je commençais à m'impatienter...


Une pinte de 'London Pride'.
Et en plus, vous avez pas ça, aux Etats-Unis ou ailleurs ;)


Allez, atchao bonne semaine !

lundi 21 avril 2008

Dublin Express

Aujourd'hui, soyons sobres, voire laconiques : Yo. Formule d'accueil expédiée, passons à la suite des réjouissances, car il y a de quoi faire.


Après deux semaines passées en famille à Paris, je suis rentré l'espace de quelques heures à Londres avant de repartir illico pour l'Irlande, et plus précisément pour Dublin. On va dire que comme raconter ma vie parisienne n'est pas l'objectif principal de ce blog, je passe directement à mon séjour irlandais.


"Dublin express", donc. Pourquoi ? Bah, pour tout plein de raisons, toutes aussi mauvaises les unes que les autres, certaines plus explicites que d'autres. La première, c'est qu'on y est quand même vraiment rapidement. En prenant depuis la gare de Saint Pancras un train vers Luton Airport, puis le vol Ryanair de Luton vers Dublin Airport, puis le bus 16A de Dublin Airport vers le centre-ville, vous en avez pour à peu près une heure par trajet. Certes, le voyage ne dure pas 3 heures, plutôt le double en fait, mais c'est déjà pas mal. Dans ledit bus 16A, qui m'a déposé à approximativement 75cm de mon auberge de jeunesse, j'écoute le dernier Panique au Mangin Palace (émission dominicale de France Inter, pour ceux qui ne connaissent pas), qui s'intitule "Tu es Flambeur". Je ne sais pas s'il faut voir là une tentative d'exorciser mes pulsions dépensières, mais je sais en tout cas que pendant ces quatre jours je ne vais pas à proprement parler "flamber". Le budget attribué au voyage est limité, même s'il ne se limite pas à un euro par jour, assorti du squat chez des gens plus pauvres que soi, comme dans une émission de télé française récente dont j'ai perdu le nom.


Aungier Street, qui mène à mon auberge de jeunesse, au crépuscule

Bref, je débarque dans mon auberge de jeunesse, "The Avalon House", mardi dernier sur le coup de 19 heures. Mon lit est réservé pour 2 nuits dans cet 'hostel', pour ma 3ème nuit sur place il n'y avait plus de lit disponible dans la même auberge donc j'avais réservé ailleurs. Je débarque donc dans Dublin à la nuit tombante, et après avoir posé mes affaires dans ma chambre, je pars pour une première balade d'exploration nocturne dans Dublin – ça, c'est la version romancée. La version authentique, c'est : "je pars en quête d'un dîner". D'ailleurs je finis vers 21h30 dans un Mac Donald's, pour vous situer le niveau de poésie de la balade nocturne. Après un tour sur les quais du grand canal de la capitale, je rentre en fait assez rapidement me coucher, dans l'attente de découvrir ceux avec qui je vais partager la dortoir. Ayant réservé mon lit assez tardivement, et via un site Internet spécialisé, j'ai trouvé des places dans des chambres de 4 à 10€ la nuit, contre 17€ la nuit dans un dortoir de 12 (prix plancher officiel du hostel). Au niveau prix, je m'en sors donc (très) bien.


Photo nocturne un peu ratée d'un des ponts de Dublin sur le grand canal, illuminée d'une jolie couleur verte. Je vous promets : en vrai, ça rend pas mal.


Mais au niveau colocataires provisoires, je m'en sors peut-être un peu moins bien. La seule co-occupante de ma chambre pour la première nuit est une Finlandaise au nom aussi imprononçable qu'impossible à mémoriser. Une forme de conversation s'établit, qui tourne comme souvent autour du pays d'origine, des études, du contexte du voyage. Seulement, la conversation tourne rapidement au monologue interminable – un peu comme dans ce blog, en fait. Disons qu'à l'oral, ça devient vite trop dur à suivre. La Finlandaise ne se démonte pas, et me raconte sa vie en me laissant à peine le temps d'acquiescer de temps à autre. Elle a une tactique redoutable pour faire vivre son flot de paroles ininterrompu : combler chaque semblant d'hésitation par, soit "like", soit "sort of". Ça donne des phrases du genre : "I, sort-of, chose this hostel, like, because I wanted, like, a place, like, that was, sort-of, like, a nice place, like, in the heart of the city." Elle avait sans doute pris ce tic de langage par mimétisme des jeunes anglophones, anglais comme américains, qui ont eux aussi tendance à caser un "like" comme on peut caser un "euh" en français, c'est à dire à peu près n'importe où. Peu à peu, la conversation s'arrête, on se souhaite bonne nuit, et on dort. Ouf.


The Avalon House


Mercredi, première journée sur place. Breakfast fourni par l'auberge et compris dans le prix. Comme je suis seul à visiter Dublin, je peux faire ce que je veux de mon temps, mais en même temps je sais que je risque de passer mes journées à ne rien faire. Pour éviter ça, je me prépare une forme de programme. Mercredi, donc, je me mets en route vers 11h pour le quartier médiéval de Dublin, dans la perspective de me faire une petite séance nostalgie. En effet, certains d'entre vous s'en souviennent, j'étais déjà venu en touriste à Dublin : c'était il y a 6 ans, en classe de 4ème, pour une journée dans la capitale dans le cadre d'un voyage de classe en Irlande. Je suis donc assailli de souvenirs en passant devant les décors où j'ai dans ma chambre de superbes photos de moi et d'un ami enchaîné par les jambes à un pilori en bois, et autres subtilités historiques, disponibles pour les touristes assoiffés de photos, à la sortie d'un musée-reconstitution sur le Moyen-Âge en Irlande, "Dublinia".


Les piloris de Dublinia



Plus tard dans la matinée, je repasse sans y rentrer devant le centre industriel de Dublin : la "Guinness Storehouse", où est produite et entreposée la célèbre bière noire. N'ayant pas vraiment envie de payer les 10€ d'entrée dans le musée incorporé à l'usine, je me contente de me souvenir de mon passage, du temps pas si lointain où j'avais encore 14 ans, et où j'étais guidé en compagnie de mes camarades de l'autre côté du très fameux St James' Gate. À l'issue de mon voyage à Edimbourg, j'avais affirmé que jamais je n'avais vu une identité aussi souvent affirmée à travers son drapeau dans une ville. À Dublin, il y a bien de nombreux drapeaux tricolores vert-blanc-orange, les couleurs de l'Eire, mais le signe le plus visible dans la ville est bien la harpe jaune sur fond noir, flanquée du mot "Guinness", que l'on trouve absolument partout.


Au carrefour de St James' Gate, c'est bien connu : tous les chemins mènent à la Guinness.


Autre question d'identité assez surprenante : partout, le gaélique irlandais précède l'anglais, que ce soit sur les panneaux routiers, le plaques des bâtiments publics, bref, tout ce qui suppose une intervention de la République d'Irlande se fait d'abord en gaélique. L'anglais, c'est par nécessité pratique. Dans la pratique, personne ne parle gaélique à Dublin. L'usage, toujours écrit, de cette langue étrange semble être faite pour impressionner les touristes, et surtout pour montrer au meilleur ennemi anglais qu'on est plus le prolongement naturel du royaume de la Couronne. En fait, ce qui semble être la seconde langue officieuse en Irlande, ce serait plutôt le français. Dans le centre-ville touristique, un passant sur dix est francophone. Dans mon auberge de jeunesse, on atteint des proportions de l'ordre de un sur trois, ou un sur quatre. Cela dit, c'est marrant quand même le gaélique. Tenez : "Ná gabh ar na faichí, led' thoil". Je viens de vous ordonner de ne pas marcher sur la pelouse. C'est pas beau, ça ? Me demandez pas comment ça se prononce, par contre.


Ce qui est cool à Dublin, c'est que quand vous ne comprenez pas les inscriptions en gaélique, on vous met la traduction en-dessous, et tout de suite on comprend mieux.


Après un déjeuner préparé et pris dans la cuisine collective de l'auberge, je repars pour une fin d'après-midi du côté de l'université célèbre de Trinity College Dublin (TCD), pour découvrir dans quel cadre travaillent mes camarades dublinois en échange Erasmus. En fait, Trinity College, c'est presque autant Disneyland que la Sorbonne, du moins au niveau de la population. Moitié touristes, moitié étudiants. Pour vous situer le niveau, la première chose que vous voyez sur la façade principale de TCD, à côté de la gigantesque porte d'entrée, c'est un panneau "Interdit aux chiens". Trinity College, vu de l'extérieur, ça ressemble furieusement à un grand jardin public. Cela dit, la population étudiante compense très bien la grande diversité des touristes : des jeunes gens et de jeunes filles très propres sur eux. Filles toutes blondes, la plupart artificiellement. Côté filles, le jean ne se porte que s'il est accompagnée d'une belle ceinture bien brillante. Côté garçons, polo Ralph Lauren très en vogue. D'un côté comme de l'autre, les lunettes de soleil très larges, pour protéger les yeux – tous clairs – d'un soleil, il est vrai, radieux. Comme le dit si bien Philippe Colin, Trinity College, c'est la méga classe. À l'intérieur de l'enceinte de l'université, un groupe français en voyage de classe – je ne savais que l'on faisait à ce point troupeau – passe devant moi. Une fille ferme la marche ; Rayban-blouson de cuir-jean slim. Elle exprime à elle seule la motivation palpable du groupe à l'idée de visiter la TCD Library, en lançant à sa copine : "Alors là, tu vois, je sens que la visite, elle va se terminer allongés dans l'herbe". Encore une qui sait pas lire le gaélique...


Les pelouses des cours intérieures à Trinity College Dublin.


Le soir, en rentrant pour ma deuxième nuit à l'auberge de jeunesse, je complète mes activités de la journée par de la sociabilisation. D'abord, au dîner, en rencontrant un très sympathique couple franco-irlandais, vivant au Pays Basque espagnol, et qui sont précisément les accompagnateurs d'un groupe de jeunes de Basques, la quinzaine environ. Après leur parcours du marathon qui consiste à nourrir la vingtaine d'ados, nous entamons la discussion. Je leur explique ma situation, et ils m'expliquent qu'ils ont un lit disponible dans leur dortoir, qu'ils avaient réservé et pour lequel ils avaient déjà payé, mais qui est inoccupé en ce moment. Une des jeunes est en effet restée au dernier moment en Espagne, et l'auberge refuse toute forme de remboursement. Ils me proposent donc de prendre ce lit pour ma 3ème nuit à Dublin, plutôt que de changer d'auberge. Je leur fais une proposition de prix – équivalent à mon autre auberge –, qu'ils acceptent. Nous en parlons aux responsables de la Avalon House, qui ne voient aucun inconvénient à cette sous-location. J'envoie donc rapidement un mail à l'autre auberge pour annuler ma réservation, puis monte dans ma chambre me coucher. Là, je tombe sur un nouvel occupant de la chambre, un Américain de 18 ans, du genre gentil 'teenage punk', en grande "discussion" avec la Finlandaise. Je ne souhaite pas outre mesure m'inclure au débat, donc je me contente de faire des statistiques sur mon lit : 27 utilisations du mot "like" en une minute de prise de parole pour la Finlandaise, soit presque un toutes les deux secondes. Mes impressions sont confirmées. L'échantillon choisi me semble malheureusement représentatif. Plus tard, une fois notre amie scandinave sortie, je discute religion avec le jeune Américain, qui s'avère être un missionnaire du Christ en voyage en Europe, dans un groupe de jeunes. Pas mal de "like" et de "sort of" aussi, mais au moins, il est capable d'écouter, lui. Et pour de vrai, en plus.


Ces deux co-occupants à part, je garde une impression générale assez étrange de mon auberge de jeunesse. Tout est très propre, très lisse, très net. On vient des quatre coins du monde, toujours en avion. Au petit-déjeuner, on prend ses tartines avec des gens dont l'on s'émerveille en s'apercevant qu'il s'agit de compatriotes. Tout marche toujours comme sur des roulettes. Je suis scié devant l'ouvre-boîte électrique (electrical tin opener) de la cuisine commune, appareil dont je ne pensais qu'il n'existait que dans Trainspotting comme archétype des gadgets de la société de consommation. Dans le hall d'accueil, 4 ordinateurs avec accès à Internet gratuit ; premier arrivé, premier servi. Attendant derrière les postes que l'un d'entre eux se libèrent, j'observe celui qui fait le plus "type auberge de jeunesse", c'est à dire quand même, au départ, ce qu'on appelle un 'backpacker'. Le jeune Australien, beau gosse, mal rasé, collier en dent de requin, vêtements savamment négligés, remplit tous les critères. Des signes distinctifs des nombreux pays du monde qu'il a visités sont brodés à son sac à dos élimé. Seulement, il navigue sur Facebook. Il y restera au moins quarante minutes, le temps pour moi d'attendre et d'écrire trois mails. Bizarre impression que me fait ce 'loner' populaire. Le mythe du backpacker repose sur l'adaptibilité, la débrouille, l'originalité, la liberté, aussi, à travers la quasi absence d'attache au reste du monde. Celui-là effrite un peu le mythe, à entretenir, et contempler, sa complexe et internationale sociabilité. Celui-là dira un jour : "moi, j'ai voyagé, j'ai vécu". Peut-être que le concept de voyage aussi.


On savait que les Normands avait conquis l'Angleterre, mais on nous avait caché que les Bretons avaient envahi l'Irlande. D'où la rivalité anglo-irlandaise. CQFD.


Plus dans l'idée que je me fais du backpacker, débarque ce soir-là également un trio anglo-canadien, qui vient s'installer à la même table que moi dans le 'living room' de l'auberge. Ceux là ont payé leur lit pour la nuit par un engagement à se produire dans la salle commune de l'auberge. Une guitare en bandoulière pour les trois, un harmonica sur les lèvres pour l'un d'entre eux, et des cordes vocales en bon état. Ils chantent et jouent juste, sont dynamiques et sobres, je pose le livre qui était entre mes mains pour les écouter. Autour d'eux, la salle est pleine, et les gens sont tout simplement indifférents. Quand le trio termine une chanson, pas un seul ne se manifeste par des applaudissements, même brefs. Ils ont presque l'air agacés que l'on vienne troubler leur paisible navigation sur Internet depuis l'ordinateur portable qu'ils ont apporté avec eux, et qu'ils rangent la nuit dans les 'safe deposit boxes', des coffres à codes spécialement prévus à cet effet. Le leader canadien du trio, pas dupe, fait mine de lancer, à voix basse, des remerciements éperdus : "Thank you, thank you ! What a tremendous atmosphere !". Finalement, pendant le dernier morceau du trio, qui s'éclate quand même à jouer ensemble, deux jeunes arrivent dans la salle commune. Eux se montrent enthousiastes, applaudissent chaleureusement à la fin de la prestation. Il s'avère que les deux jeunes sont eux aussi canadiens, ils font donc rapidement connaissance avec le trio, puis l'un des deux demande s'il peut emprunter une guitare. Quelques accords, et notre ami se prend déjà pour une rock star, chantant à tue-tête, à grand renfort de mimiques et de mouvements divers. Les gens lèvent la tête, on vient même l'entourer, et, une fois sa "performance" terminée, le féliciter. Applause. Le contraste par rapport au trio qui l'a précédé est violent. Comme on dit sur TF1, à la Star Ac' : "le meilleur gagnera". Hum. "Ça se discute", répondrait France 2.


Cette soirée aura été le point fort du voyage, en tout cas, le moment que je tiens pour le plus représentatif. S'ensuivirent deux journées de visites de musées divers – je recommande chaleureusement le National Museum of Ireland –, entrecoupées de balades dans les parcs et dans les rues. J'ai passé ma dernière soirée à Dublin dans un pub, à boire de la Guinness, avec le couple franco-irlandais qui n'a finalement pas accepté la somme que nous avions fixé, m'offrant le lit pour une nuit en faisant valoir que cela ne leur coûtait rien, et qu'ils avaient été étudiants avant moi. En (maigre) contrepartie, je leur ai offert une pinte noire ce soir-là. Après avoir profité des rayons de soleil des parcs géorgiens, mais aussi de la grisaille matinale du Phoenix Park, j'attrape un bus qui m'emmène à l'aéroport, pour mon retour vers Londres.


Phoenix Park

Notre avion ayant du retard, j'ai l'occasion de sympathiser avec un ... backpacker australien. Le même, en nettement moins classe, et sans la dent de requin. Seulement, celui-là est parti de Melbourne pour le Vietnam il y a un peu plus d'un an, puis, après un court séjour en France, a débarqué en Irlande, où il a bossé comme serveur dans des pubs de petites villes multiples, passant de collocation en collocation. Dans son sac à dos : une demi-douzaine de T-shirts, un pantalon de rechange, une deuxième paire de chaussures. Il partait en Turquie, à Istanbul, pour participer à un rassemblement annuel australo-néozélandais. Je ne lui ai pas posé la question, mais j'ai comme l'intuition que celui-ci n'avait ni compte Facebook, ni ordinateur portable dernier cri. Là encore, j'ai un peu l'impression que celui qui est identifié comme le backpacker sera le beau gosse de l'auberge, et pas l'anonyme de l'aéroport. Allez savoir, peut-être y aurait-il là l'ombre d'une contradiction.

Fin des impressions d'un simple déplacé sur ce qu'il pense des vrais voyageurs. Des pensées souvent tièdes, parfois fades, et toujours réchauffées. Mais c'est le grand miracle d'Internet : passez tout-ça dans le micro-onde de votre ordinateur, et c'est prêt à alimenter votre blog. Sachons vivre avec notre temps. Vraiment, on n'arrête pas le progrès.


Allez atchao, bonne semaine !


mercredi 9 avril 2008

Radio Paris

"Bulletin d'information exclusif depuis la Capitale de ce beau Pays de France : Paris brisé, Paris martyrisé, mais Paris libéré ! Car si le général est parti, ses héritiers ont su courageusement prendre la relève face à la montée de nouveaux périls, plus grands encore que l'occupation nazie :


Paris brisé, d'abord, par la déferlante rouge des municipales, la faute à un pays gauchiste, incapable de se mettre au Travail. Nous sommes en 2008, et tout Paris retombe dans ses travers socialo-anarcho-syndicalo-communistes ! Tout Paris ? Non, car quelques arrondissements peuplés d'irréductibles Français résiste encore et toujours à ces dangereux travers ! Rassurez-vous donc pour moi : je vis dans l'un de ceux-là.


Paris martyrisé, ensuite, par les hordes sauvages de barbares venus du fin fond de l'Himalaya, et tentant avec audace d'attaquer le symbole de la Civilisation Occidentale, la torche olympique ! Ces brutes, pire, ces étrangers, qui constituent, comme chacun sait, une des plus redoutables sociétés secrètes terroristes d'Asie, ont été jusqu'à utiliser des pics de métal forgé pour brandir haineusement leur sanguinolant drapeau tibétain ! Ces informations alarmantes ont été valid... euh, pardon, confirmées, par les envoyés du généreux Gouvernement chinois à l'Élysée.


Paris martyrisé, aussi, par les déambulements sournois de jeunes bons à rien dans les rues, sous prétexte de manifestation étudiante, qui risquent à tout instant de tourner à l'émeute, à la mise à sac de la ville !


Paris libéré, enfin, par nos vaillantes Compagnies Républicaines de Sécurité, qui ont courageusement affronté les gangs tibétains aux barres en métal, et les étudiants aux fusils-mitrailleurs dissimulés sour leur capuche tombante. Alors que Paris était au bord du gouffre, elles sont désormais partout, rétablissant l'Ordre dans la cité. Elles sont belles à voir, matraques dans une main, bouclier dans l'autre, casque sur la chef, le corps couvert d'une cuirasse anti-émeute complète ; soutenues par des dizaines, des centaines de véhicules, tous plus beaux les uns que les autres ! L'Ordre, la Discipline et la rigueur dans l'exécution à perte de vue dans Paris : cela faisait longtemps que l'on avait pas vu quelque chose d'aussi beau dans ce pays d'incapables !


Dieu merci, l'Ordre est donc de retour, grâce à l'action efficace de notre Gouvernement et de nos Forces de Sécurité. La démocratie est rétablie, on reprend la chasse aux sans-papiers, bref, tout est bien qui finit bien. Vive la République, vive la France, mais surtout, surtout, vive notre Président !"

jeudi 27 mars 2008

Edinburgh by Eurostar

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs ; je vous souhaite la bienvenue à bord du TGV 9078 à destination de Paris Gare du Nord. Nous sommes le jeudi 27 mars, et il est 5h54 du matin. La température extérieure est à n'en pas douter suffisamment froide pour ôter à quiconque l'envie d'aller la vérifier. Desproges avait raison: le mois de mars ne passera pas l'hiver. Quoi de neuf, donc, sous le non-soleil de cette néanmoins rayonnante contrée britannique ? Au programme aujourd'hui, une balade de quelques jours en Écosse, et plus précisément dans la capitale Edimbourg, le week-end dernier.

Une rue colorée de la capitale écossaise


Ce court séjour s'est organisé il y a quelques semaines déjà, avec deux étudiantes Erasmus du Hall. Deux, c'est peu, et en même temps, c'est en un sens presque trop, tant il y avait de choses à voir dans cette ville. Le titre de ce post, est trompeur : nous avons bien pris, tard vendredi soir, un car Megabus depuis la Victoria Coach Station – hum – en direction du nord du royaume. Le lendemain matin, après une nuit pas exactement reposante, arrivée dans la ville de Walter Scott. Tiens, vous avez vu, je n'ai pas refait le coup stupide de la "ville de..." suivi d'un nom de joueur de foot emblématique du club local. D'un autre côté, faut bien reconnaître que les clubs écossais des Hearts et de Hibernian, c'est pas la même chose que les londoniens Chelsea ou Arsenal. Bref, je disais : arrivée à Edimbourg un samedi matin, 8h00, sous un ciel radieux, avec un vent terrible, et par un froid glacial.


Un truc dans la New Town qui ressemble vaguement à une flèche de cathédrale,
vue depuis le North Bridge vers la Old Town


Ayant réservé à l'avance 3 places dans une auberge de jeunesse très bien située, et ne pouvant prendre possession de nos lits avant 14 heures, nous nous contentons de déposer nos maigres bagages dans l'auberge, puis nous partons nous poser dans un café Starbucks pour une semi-sieste devant un chocolat chaud. Objectif : 14 heures, donc. Cela tombe bien, puisque 14h, c'est aussi l'heure de fin d'une balade de trois heures dans la vieille ville, la Old Town. Le principe de l'expédition est original : une visite touristique guidée gratuite, durant trois heures, exclusivement à pied, et conduite par un bénévole qui n'est rémunéré qu'au pourboire. À 11 heures, comme les plus forts en maths d'entre vous l'aurons compris, nous émergeons du café pour nous rendre au point de rendez-vous fixé pour le départ du free guided tour, soit... devant le Starbucks lui-même. Nous faisons rapidement connaissance avec notre guide, un pas très local Australien, néanmoins connaisseur des curiosités touristiques de la ville. Très sympathique, drôle, sachant beaucoup de choses, et étant même capable de les communiquer, puisque l'accent australien est bien moins violent pour un néophyte que l'accent écossais.


Notre guide australien nous présentant le monument d'une place publique


Pour vous donner une présentation rapide d'Edimbourg, c'est une capitale de petite taille (moins de 500 000 habitants), dont le centre historique est très bien conservé. Le principe de la Old Town est assez étrange : elle est construite sur une roche volcanique sur-élevée, dominant nettement la mer pourtant toute proche. La barre de roche est longiligne, une forme de mini-crête, en pente descendante d'ouest en est. À l'extrémité ouest de ce relief, le château médiéval d'Edimbourg, surplombant de hautes falaises qui tombent à pic. À l'extrémité est, une descente tranquille vers la mer. Une vraie ville fortifiée, donc.


Une rue montant en biais de la New Town vers la Old Town.
Au sommet ouest de la crête, au centre sur l'image, on distingue
le château fortifié et les falaises qui l'entourent.


La particularité de la vielle ville est d'être entièrement construite autour d'un seul axe, au sommet de la crête ouest-est que j'ai mentionnée. Cette seule rue est surnommée le Royal Mile, car la distance du début de la pente, à l'est, jusqu'aux hauteurs du Edinburgh Castle, à l'ouest, est d'à peu près un mile, soit un peu plus de 1 600 mètres. De part et d'autre de cet axe s'alignent des maisons médiévales en pierre. Les nombreuses minuscules ruelles perpendiculaires au Royal Mile se faufilent entre ces bâtiments pour mener à des cours intérieures. Si vous prenez une coupe nord-sud, vous donc avez pente abrupte – bâtiment secondaire – cour intérieure – bâtiment principal – Royal Mile – bâtiment principal – cour intérieure – bâtiment secondaire – pente abrupte. Edimbourg est donc réellement une ville en trois dimensions, et on comprend dès lors l'importance des nombreux ponts permettant de relier la sur-élevée Old Town au reste de la ville, en contrebas.


Le Royal Mile vu d'est en ouest, soit dans le sens montant vers le château.
À gauche, la Saint Giles Cathedral d'Edimbourg.


Notre visite guidée se passe ainsi exclusivement le long du Royal Mile. Il faut dire qu'on a des choses à voir, et à entendre : bâtiments administratifs, places publiques, cathédrale, château fortifié... Et puis vlan, patatras, au cours d'une pause, nous perdons le fil de la visite et notre groupe, après 1 heure et demie de marche. Dommage, car c'était vraiment très amusant et bien mené, notre groupe ayant au passage changé de guide après une demi-heure, notre Australien étant remplacé par un local tout aussi rodé à l'exercice. Il est donc 12h30, nous déjeunons, puis nous dirigeons vers notre hôtel à 14 heures pour une sieste bien méritée. Pendant la soirée, nous retrouvons un étudiant de Sciences Po en échange cette année à Edimbourg, ainsi que d'autres Français, pour un sympathique dîner tagliatelle carbonara. La nuit arrive, tout devient noir, un peu comme maintenant : mon train vient de pénétrer dans le tunnel sous la Manche. À noter également, nous croisons par hasard le pub dans lequel une certaine J.K. Rowling a écrit le premier tome de sa série de best-sellers Harry Potter, du temps où elle vivait à Edimbourg et n'avait pas les moyens de payer le chauffage continu de son domicile...


La spectaculaire vue depuis le pub "Elephant House" :
On comprend que l'inspiration vienne plus facilement...


Le lendemain, dimanche pascal, nouvelle expédition au programme : celle d'une nouvelle visite guidée, mais en bus cette fois-ci, et du côté du Kingdom of Fife, une région de l'est de l'Ecosse, et plus précisément de Saint Andrews, autre ville historique. Pour vous donner un repère, c'est dans l'université locale, la plus ancienne du Royaume-Uni, que le prince William a fait ses études, il y a quelques années de cela. La ville est d'ailleurs très visiblement étudiante. Saint Andrews, c'est aussi au golf ce qu'Anfield Road est au football : un repère mythique de tous les amateurs de ce sport étrange, qui consiste à mettre une balle de 4 cm de diamètre sur une boule de 40.000 km de tour et à frapper la petite, non la grande [Churchill]. D'ailleurs, on ne peut s'empêcher de penser qu'avec les rafales de vent monstrueuses qui soufflent sur le green, installé – avec une prévoyance sidérante – juste à côté de la plage ouverte à tous les vents, ça doit être plutôt difficile de faire rentrer la balle dans 18 trous différents autour du centre ville sans dégommer le moindre spectateur au passage.


Les "greens" de St Andrews au premier plan,
la plage et les dunes au second plan.


Saint Andrews était la destination finale de notre voyage, mais ce ne fut pas notre seul arrêt : nous sommes également passés à l'aller par les Lomond Hills (qui ressemblent d'ailleurs furieusement au Massif Central), pour une pause panorama, puis nous sommes passés par un village authentique du Kingdom of Fife, Faulkland, qui est un endroit apprécié en haut lieu pour la chasse, et sans doute aussi la seule ville du monde à avoir son église fermée un dimanche de Pâques. Au retour, nous passons par un village de pêcheurs, extrêmement bien conservé, et qui vaut bien une séance photo. À noter que cette séance dominicale sera décisive : je suis soudainement frappé par la grâce, et comprends enfin, après plus de 9 mois d'utilisation, une fonctionnalité extraordinaire de mon appareil photo numérique, qui permet un réglage rapide des paramètres en fonction de la situation choisie. Mieux vaut tard que jamais.


Une falaise dans le village de pêcheurs :
les beaux bleus, admirez les beaux bleus !


"Mieux vaut tard que jamais", c'est aussi ce qu'ont eu l'air de penser les responsables d'Eurostar ce matin. Moi qui m'étais levé à 4 heures pour être à temps à Saint Pancras, ces sadiques ont annoncé retard sur retard avant de prononcer la sentence fatidique : le train ne partirait pas, nous allions être redistribués à travers les trains suivants. Ça a provoqué un léger découragement. Dans la minute qui a suivi cette annonce, les portes se sont ouvertes, et l'embarquement a commencé. Je sais pas si l'annonce de l'annulation du train, c'était pour faire de l'humour, mais en tout cas, à 5 heures du matin, ça passe bizarrement moins bien. Cela dit, on est désormais en France, et tout va bien.


Je reviens à mes moutons : suite et fin du Edinburgh [prononcez édinnebrrrha] trip. De retour de Saint Andrews dimanche à 18 heures, nous restons plutôt sages dans la soirée. Le lendemain lundi, notre dernier jour sur place, nous partons en fin de matinée pour le National Museum, puis le très quelconque Writers Museum, dans lequel vous pouvez avoir l'unique opportunité de voir de vos propres yeux une mèche de cheveux de Robert Louis Stevenson, et de vérifier que la tradition écossaise de la "marche piège" est aussi une réalité pratique. Dans l'après-midi, nous nous posons dans un pub pour déjeuner et échapper à la neige abondante qui tombe sur Edimbourg. Vers 16h30, nous sortons – sous un soleil radieux, allez comprendre – pour profiter des vues depuis une colline à la bordure nord de la ville. Puis, retour vers notre auberge de jeunesse, et départ le soir depuis la Edinburgh bus station. Arrivée définitive à Londres le lendemain matin.


Au dessus de notre guide local, une coupe d'un escalier.

Regardez plus attentivement la troisième marche, minuscule.
L'objectif : surprendre le cambrioleur éventuel.


Au final, ce que je retiens de ce voyage c'est d'abord qu'Edimbourg est une ville magnifique et très agréable, mais aussi que les Écossais ont au moins un point commun avec les Français : ils n'aiment pas beaucoup leurs chers voisins anglais. Dans tous les musées, la spécificité historique de ce peuple celte est mise en avant par une opposition quasi-systématique à l'Angleterre. Les guides touristisques, y compris notre ami australien, ne se lassent pas des piques fréquentes envers les perfides habitants du sud du royaume. Edimbourg est aussi la ville du monde où j'ai vu l'identité nationale la plus affirmée à travers son drapeau : la croix de Saint Andrew, blanche sur fond bleu, est omniprésente, que ce soit devant les bâtiments publics, sur les monuments historiques, dans les places importantes, et surtout dans les nombreux pubs qui bordent le Royal Mile. Le seul personnage qui suscite autant de moqueries que les Anglais est Mel Gibson, dont le fameux film Braveheart passe auprès des locaux pour un joyeux détournement hollywoodien de leur histoire.


La croix de Saint Andrews et une tour, sur une colline surplombant la ville
Ci-dessous, "Flower of Scotland", l'hymne écossais, fameux pour les amateurs de rugby :


O Flower of Scotland
When will we see

Your like again
That fought and died for
Your wee bit Hill and Glen
And stood against him [against who?]
Proud Edward's Army
And sent him homeward
Tae think again.

Those days are past now
And in the past
They must remain

But we can still rise now
And be the nation again
That stood against him [against who?]
Proud Edward's Army
And sent him homeward
Tae think again.


Hymne Ecosse - Flower of Scotland

La vidéo vaut le détour...

Sur ce, je suis bien installé chez moi, à Paris, et je vais donc désormais pouvoir poster ce nouveau message interminable. Je suis à Paris jusqu'au 10 avril, et à Dublin du 11 au 18, puis je rentre sur Londres pour mes examens. Je souhaite aux anglo-saxons un joyeux spring break, et à tous les autres une bonne fin de semaine. Allez, portez-vous bien, prenez soin de vous, on se retrouve dès que possible pour de nouvelles aventures en direct du Canterbury Palace, mais en attendant, d'ici là, surtout, surtout, ne lâchez rien !

jeudi 6 mars 2008

Merseyside Trip

En direct de Canterbury Hall : bien le bonsoir ! Vous aurez – ou pas – remarqué que j'ai un peu ralenti le rythme effréné de mes publications de message sur ce blog, j'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur. No comment. Au programme ce soir, un des points culminants de l'année Erasmus à Londres, si ce n'est de ma vie d'étudiant. Un des points culminants, que dis-je?, c'est l'Everest de l'intensité dramatique sur ce blog, au moins. Bref, je parle de foot. Je vous avais donc dit il y a quelques semaines que j'avais obtenu une place pour un match de Liverpool « début mars ». Pour être plus exact, c'était le 5 mars, soit hier, et j'entreprends donc dès aujourd'hui de vous faire part de mes aventures liverpuldiennes.

Le précieux sésame : le ticket d'entrée pour Anfield Road


Ça commence de façon un peu rude : 6 heures de car depuis la Victoria Coach Station de Londres pour arriver sur place – parce que Liverpool, c'est loin, mais alors très loin au nord, à l'embouchure du fleuve Mersey. Sur notre route vers Anfield Road (l'enceinte des Reds du Liverpool FC, et ma destination finale), nous passons devant deux autres stades majeurs, à savoir le nouveau Wembley (banlieue de Londres), et, plus surprenant, le Villa Park (Birmingham). Autre remarque constructive : le car que j'emprunte est à moitié rempli de gens en maillot rouge, comme moi. À l'arrivée, petit cafouillage : je me retrouve débarqué à Birkenhead Coach Station alors que sur mon ticket il y avait marqué que je m'arrêtais à Edge Lane Coach Stop. Bref, ça reste Liverpool, donc je demande quel bus prendre pour le quartier d'Anfield Road, et je me retrouve là-bas en moins de deux livres. Il est 16h30, le coup d'envoi est à 20h00, j'ai donc comme qui dirait du temps à tuer.


La tribune historique du Kop, vue de l'extérieur


Après moult tergiversations, je me balade un peu dans les alentours du stade pour me repérer plus facilement à la fin du match. Le quartier n'est pas ultra gai, essentiellement des pavillons résidentiels et quelques pubs. Je passe également par la boutique officielle du stade pour m'acheter une écharpe du club (ce qui, vous le verrez, ne fut pas seulement anecdotique). Ayant fini mon repérage des environs, je me pose dans l'un d'entre eux pour attendre l'ouverture de l'enceinte. Ce pub est assez clairement une annexe du stade lui-même, comme en témoigne la multitude de drapeaux du Liverpool FC sur la façade, évidemment le nombre considérables de fans Reds désœuvrés à l'intérieur, et même un poster humoristique égratinant au passage le grand rival du LFC, l'autre club de Liverpool : les Toffees d'Everton, dont le stade est situé à 250m à vol d'oiseau de celui d'Anfield. Les 'Merseyside derbies' (rencontres Liverpool FC-Everton) sont réputées pour leur intensité. À 19h, je me dis que j'ai déjà assez traîné dans le pub, et décide donc de passer aux choses sérieuses, en pénétrant dans l'enceinte mythique (pour ceux qui connaissent, certes) d'Anfield Road.

Pour l'anecdote, les portes et tourniquets d'entrée du stade : faut pas être gros...


Je vous épargne une description exhaustive de l'heure qui s'écoule d'ici au coup d'envoi, entre échauffements des joueurs et remplissage progressif du stade. À 19h55, les joueurs de Liverpool et de son adversaire du jour, soit West Ham, rentrent sur la pelouse. C'est l'occasion d'une tradition légendaire sur les bords de la Mersey : le public entonne en cœur l'hymne du club, le fameux You'll Never Walk Alone. Difficile de décrire l'impact émotionnel d'une telle scène pour moi, et pour un fan de Liverpool en général, à qui cet hymne d'encouragement rappelle nécessairement tout plein de souvenirs. Je vous épargne le contenu détaillé du match, qui s'achèvera sur le score de 4-0 en faveur des locaux, avec un triplé du phénomène espagnol Fernando Torres et un but sur frappe lointaine du capitaine légendaire de Liverpool, Steven Gerrard, formé au club.

Les deux joueurs Reds sur la partie gauche du terrain sont Torres (le numéro 9) et Gerrard, plus haut


Ce qui m'a particulièrement frappé pendant ce match, c'est que j'ai pu vérifier à quel point Anfield Road est différent de ce que j'ai pu voir des stades de foot français, notamment du Parc des Princes à Paris. D'abord, pour une question architecturale : si Anfield comme le Parc ont une capacité d'environ 40 000 personnes (ce qui est faible pour un club de standing européen), la différence se situe au niveau de l'organisation de l'espace. À Anfield, et dans les stades anglais en général, il n'y a aucune séparation entre le public et la pelouse. Les supporters font office de ramasseurs de balle si celle-ci sort des limites du terrain, et quand un joueur prend un mètre d'élan pour effectuer une touche, les supporters du premier rang peuvent lui taper sur l'épaule. Ce qui change aussi radicalement, c'est l'attitude, car le public fait véritablement corps avec son équipe : aucune invective entendue en 90 minutes à l'encontre de joueurs Reds pourtant parfois maladroits. Les adversaires sont aussi plus que respectés dès lors qu'ils ne font pas de provocation : le gardien de West Ham a été applaudi avec fair-play par la tribune des 'ultras', le Kop, au changement de côté à la mi-temps.

La tribune du Kop vue de l'intérieur, derrière la cage de but

Plus surprenant, le public participe presque au jeu, un peu comme pourrait le faire un entraîneur depuis son banc de touche : si un adversaire fond par derrière sur un joueur local en possession du ballon, c'est tout un stade qui lance « Watch out! » (« Attention ! ») pour prévenir le joueur de Liverpool d'un danger imminent (j'ai moi-même du mal à y croire, mais je vous assure que ça marche, ça a à un moment donné permis à l'Argentin Mascherano d'effacer un adversaire qu'il n'avait pourtant pas pu voir venir). De plus, quand un Red a le ballon à 25m du but adverse, et qu'il n'a pas de solution de passe vers un partenaire, Anfield s'écrie comme un seul homme « Shoot ! ». Ça peut paraître anodin, mais c'est très impressionnant de voir ces réactions unanimes et spontanées, qui paraissent vraiment rodées au niveau du timing. Au final, un public extrêmement positif, et le fait que l'enceinte soit totalement close (pas de toit, mais des murs tout autour) ajoute à l'intensité acoustique. Quand Anfield pousse derrière son équipe, je peux vous dire que je n'aimerais pas être sur la pelouse avec un maillot adverse sur mes épaules. Petite anecdote pour les connaisseurs : il y a un seul joueur de Liverpool pour lequel le public ne crie pas « Shoot ! » quand il se retrouve en position de tir. Il s'agit du capitaine Steven Gerrard, sans doute le spécialiste moderne des frappes lointaines, donc quand il percute plein axe, tout le public retient son souffle, parce qu'on se doute bien que de toute façon, s'il le peut, il va tirer... D'ailleurs, ça a pas loupé, c'est comme ça qu'est venu le 4ème but des Reds. Bref, une atmosphère extraordinaire malgré une pression minime – ayant ouvert le score rapidement, Liverpool a pu se permettre de gérer son avantage –, une expérience géniale pour le fan de foot que je suis.

Pour vous donner une idée de la proximité : l'échauffement des Reds avant le match,
sous l'oeil attentif des nombreux stadiers (en orange - eux aussi...)


Ensuite, une fois le match fini, je sors du stade – évidemment, ok. Et c'est là que ça commence à devenir marrant. En jeune homme bien organisé que je suis – je ne suis pas à proprement parler ce qu'on appelle un maniaque, seulement j'aime que tout brille et que tout soit bien rangé –, j'avais dans ma poche quelques annotations au crayon de papier pour me guider, par la grâce de Mappy, entre Anfield Road, le centre historique de la ville des Beatles, et mon arrêt de car. À mon arrivée à Liverpool, alors que j'étais encore dans le car, j'avais repéré un Mac Donald's pas très loin du 'coach stop' qui restait ouvert la nuit jusqu'à 5h du matin. Mon car pour le retour étant à 6h30 le matin, je m'étais dit qu'à la fin du match, j'irai passer la nuit devant un frites-Coca après m'être plus ou moins longuement baladé dans le centre-ville. Par précaution, j'avais pris l'adresse d'un 'backpackers hostel' bien situé. C'est donc l'esprit léger que je me suis promené après le match dans le centre-ville de Liverpool, ce qui m'a permis de vérifier plusieurs choses (impressions de nuit) : d'abord, cette agglomération n'est pas du tout la ville sinistrée à laquelle je m'attendais, la reconversion post-industrielle a été bien réussie, et la partie historique vaut le détour ; ensuite, ça ne craint pas du tout, c'est plutôt jeune et étudiant, y compris sur les docks où je me suis rapidement baladé ; enfin, la cathédrale de Liverpool ressemble presque autant à une imitation ratée de l'attraction 'Space Mountain' de Disneyland Paris qu'à une pièce montée en béton.

La cathédrale de Liverpool (si !)


Plus de deux heures après le coup de sifflet final, je commence mine de rien à fatiguer un peu, à avoir bien faim, et me dirige ainsi vers Edge Lane Drive et mon Mac Donald's. Parvenu là-bas sur le coup de 00h30, très mauvaise surprise : le restaurant ferme à minuit, ce qui est ouvert jusqu'à 5h c'est le 'Drive-thru' (Mac Drive en français, je crois). Abattu mais pas désespéré, je fais mine d'être convaincu d'être à l'intérieur d'un véhicule à quatre roues, et fais donc la queue pour commander un menu. La serveuse, un peu intriguée de me voir paumé dans la banlieue de Liverpool à une heure pareille, remarque mon écharpe du Liverpool FC, et me demande si je suis allé au match. Je lui réponds que oui, passe ma commande, puis enchaîne en lui demandant si elle n'a pas idée d'un endroit ouvert 24/24h, genre un centre commercial, où je puisse passer la nuit, comme mon car n'est que le lendemain matin. Ce sur quoi la serveuse me propose ce que je n'espérais plus trop (toutes les lumières de la partie « restaurant » étant éteintes, les cuisines et les guichets Mac Drive seuls fonctionnant), à savoir de rentrer pour passer la nuit dans le fast-food.

Les cuisines du Mac Do, depuis la salle sombre


Je suis donc gracieusement invité à l'intérieur, et fais connaissance avec l'équipe de nuit, 4 jeunes (la vingtaine ou un peu plus), à qui je raconte ma journée. Je me fais aussi petit que possible, me doutant que si le manager du fast-food débarque en ma présence, ces 4-là risques d'avoir des ennuis. Mais il se trouve que c'est décidément mon jour de chance : les 4 jeunes sont tous ... des fans du Liverpool FC, et par solidarité avec l'un des leurs (cf mon écharpe et le maillot que je portais sous mon manteau), ils multiplient les attentions à mon égard. Me voyant un peu rafraîchi, car il fait froid dans le nord de l'Angleterre (j'en avais déjà parlé pour York), ils me proposent un chocolat chaud, que j'accepte. Alors que je plonge vers mon porte-monnaie, le responsable de la bande m'arrête aussitôt : pas besoin de payer, 'it's free... for a Liverpool supporter'. Ne revenant pas de la chance qui m'écrase, je me vois offrir ensuite un doughnut et un autre Coca, le tout au chaud, avec pour seule « contrainte » d'expliquer un peu qui je suis, d'où je viens, et ce que j'ai pensé du match. Cela dit, vers 2h30 du matin, je commence à être épuisé, après une longue journée, et l'équipe de nuit note ma fatigue et me propose d'aller me coucher... dans la salle de repos réservée au staff, en sous-sol, en promettant de me réveiller à l'heure que je souhaite pour mon car.

La salle de repos du staff et ses canapés


Finalement, je quitte ce Mac Donald's et ces 4 jeunes si accueillants à 5h30 du matin, le temps d'être sûr de trouver le bon arrêt de bus, sécurité utile qui m'a permis de ne pas l'attendre en vain à la mauvaise adresse que j'avais notée... Après 6 nouvelles heures de car, je suis de retour à Canterbury Hall, et après une courte sieste, je repars pour mon cours de 'New World', à 16h. Ce soir, au dîner, l'américain Nate, à qui je venais de raconter ma nuit, me demanda sur le ton de la plaisanterie incrédule : 'And when you woke up in the staff room... you stil had your wallet ?!?'. Oui. Comme quoi, le football n'est pas qu'un vecteur d'hypocrisie, d'agressivité et de millions d'euros, n'en déplaisent à certains. C'est aussi ça que j'apprécie dans le football anglais, et tout particulièrement dans le club de Liverpool : sans aller jusqu'à parler de « valeurs », c'est un esprit de communauté bien plus sain que ce que l'on pourrait rencontrer ailleurs. Je vois par exemple mal un supporter de l'OM en aider un autre pour cette raison, et a fortiori entre supporters du PSG... Agréable mise en pratique de la devise du Liverpool Football Club : 'You'll Never Walk Alone'... On en redemande !

Le portail d'entrée d'Anfield Road, pour la route...


Sur ce, C'mon Liverpool, et atchao bonsoir !