jeudi 27 mars 2008

Edinburgh by Eurostar

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs ; je vous souhaite la bienvenue à bord du TGV 9078 à destination de Paris Gare du Nord. Nous sommes le jeudi 27 mars, et il est 5h54 du matin. La température extérieure est à n'en pas douter suffisamment froide pour ôter à quiconque l'envie d'aller la vérifier. Desproges avait raison: le mois de mars ne passera pas l'hiver. Quoi de neuf, donc, sous le non-soleil de cette néanmoins rayonnante contrée britannique ? Au programme aujourd'hui, une balade de quelques jours en Écosse, et plus précisément dans la capitale Edimbourg, le week-end dernier.

Une rue colorée de la capitale écossaise


Ce court séjour s'est organisé il y a quelques semaines déjà, avec deux étudiantes Erasmus du Hall. Deux, c'est peu, et en même temps, c'est en un sens presque trop, tant il y avait de choses à voir dans cette ville. Le titre de ce post, est trompeur : nous avons bien pris, tard vendredi soir, un car Megabus depuis la Victoria Coach Station – hum – en direction du nord du royaume. Le lendemain matin, après une nuit pas exactement reposante, arrivée dans la ville de Walter Scott. Tiens, vous avez vu, je n'ai pas refait le coup stupide de la "ville de..." suivi d'un nom de joueur de foot emblématique du club local. D'un autre côté, faut bien reconnaître que les clubs écossais des Hearts et de Hibernian, c'est pas la même chose que les londoniens Chelsea ou Arsenal. Bref, je disais : arrivée à Edimbourg un samedi matin, 8h00, sous un ciel radieux, avec un vent terrible, et par un froid glacial.


Un truc dans la New Town qui ressemble vaguement à une flèche de cathédrale,
vue depuis le North Bridge vers la Old Town


Ayant réservé à l'avance 3 places dans une auberge de jeunesse très bien située, et ne pouvant prendre possession de nos lits avant 14 heures, nous nous contentons de déposer nos maigres bagages dans l'auberge, puis nous partons nous poser dans un café Starbucks pour une semi-sieste devant un chocolat chaud. Objectif : 14 heures, donc. Cela tombe bien, puisque 14h, c'est aussi l'heure de fin d'une balade de trois heures dans la vieille ville, la Old Town. Le principe de l'expédition est original : une visite touristique guidée gratuite, durant trois heures, exclusivement à pied, et conduite par un bénévole qui n'est rémunéré qu'au pourboire. À 11 heures, comme les plus forts en maths d'entre vous l'aurons compris, nous émergeons du café pour nous rendre au point de rendez-vous fixé pour le départ du free guided tour, soit... devant le Starbucks lui-même. Nous faisons rapidement connaissance avec notre guide, un pas très local Australien, néanmoins connaisseur des curiosités touristiques de la ville. Très sympathique, drôle, sachant beaucoup de choses, et étant même capable de les communiquer, puisque l'accent australien est bien moins violent pour un néophyte que l'accent écossais.


Notre guide australien nous présentant le monument d'une place publique


Pour vous donner une présentation rapide d'Edimbourg, c'est une capitale de petite taille (moins de 500 000 habitants), dont le centre historique est très bien conservé. Le principe de la Old Town est assez étrange : elle est construite sur une roche volcanique sur-élevée, dominant nettement la mer pourtant toute proche. La barre de roche est longiligne, une forme de mini-crête, en pente descendante d'ouest en est. À l'extrémité ouest de ce relief, le château médiéval d'Edimbourg, surplombant de hautes falaises qui tombent à pic. À l'extrémité est, une descente tranquille vers la mer. Une vraie ville fortifiée, donc.


Une rue montant en biais de la New Town vers la Old Town.
Au sommet ouest de la crête, au centre sur l'image, on distingue
le château fortifié et les falaises qui l'entourent.


La particularité de la vielle ville est d'être entièrement construite autour d'un seul axe, au sommet de la crête ouest-est que j'ai mentionnée. Cette seule rue est surnommée le Royal Mile, car la distance du début de la pente, à l'est, jusqu'aux hauteurs du Edinburgh Castle, à l'ouest, est d'à peu près un mile, soit un peu plus de 1 600 mètres. De part et d'autre de cet axe s'alignent des maisons médiévales en pierre. Les nombreuses minuscules ruelles perpendiculaires au Royal Mile se faufilent entre ces bâtiments pour mener à des cours intérieures. Si vous prenez une coupe nord-sud, vous donc avez pente abrupte – bâtiment secondaire – cour intérieure – bâtiment principal – Royal Mile – bâtiment principal – cour intérieure – bâtiment secondaire – pente abrupte. Edimbourg est donc réellement une ville en trois dimensions, et on comprend dès lors l'importance des nombreux ponts permettant de relier la sur-élevée Old Town au reste de la ville, en contrebas.


Le Royal Mile vu d'est en ouest, soit dans le sens montant vers le château.
À gauche, la Saint Giles Cathedral d'Edimbourg.


Notre visite guidée se passe ainsi exclusivement le long du Royal Mile. Il faut dire qu'on a des choses à voir, et à entendre : bâtiments administratifs, places publiques, cathédrale, château fortifié... Et puis vlan, patatras, au cours d'une pause, nous perdons le fil de la visite et notre groupe, après 1 heure et demie de marche. Dommage, car c'était vraiment très amusant et bien mené, notre groupe ayant au passage changé de guide après une demi-heure, notre Australien étant remplacé par un local tout aussi rodé à l'exercice. Il est donc 12h30, nous déjeunons, puis nous dirigeons vers notre hôtel à 14 heures pour une sieste bien méritée. Pendant la soirée, nous retrouvons un étudiant de Sciences Po en échange cette année à Edimbourg, ainsi que d'autres Français, pour un sympathique dîner tagliatelle carbonara. La nuit arrive, tout devient noir, un peu comme maintenant : mon train vient de pénétrer dans le tunnel sous la Manche. À noter également, nous croisons par hasard le pub dans lequel une certaine J.K. Rowling a écrit le premier tome de sa série de best-sellers Harry Potter, du temps où elle vivait à Edimbourg et n'avait pas les moyens de payer le chauffage continu de son domicile...


La spectaculaire vue depuis le pub "Elephant House" :
On comprend que l'inspiration vienne plus facilement...


Le lendemain, dimanche pascal, nouvelle expédition au programme : celle d'une nouvelle visite guidée, mais en bus cette fois-ci, et du côté du Kingdom of Fife, une région de l'est de l'Ecosse, et plus précisément de Saint Andrews, autre ville historique. Pour vous donner un repère, c'est dans l'université locale, la plus ancienne du Royaume-Uni, que le prince William a fait ses études, il y a quelques années de cela. La ville est d'ailleurs très visiblement étudiante. Saint Andrews, c'est aussi au golf ce qu'Anfield Road est au football : un repère mythique de tous les amateurs de ce sport étrange, qui consiste à mettre une balle de 4 cm de diamètre sur une boule de 40.000 km de tour et à frapper la petite, non la grande [Churchill]. D'ailleurs, on ne peut s'empêcher de penser qu'avec les rafales de vent monstrueuses qui soufflent sur le green, installé – avec une prévoyance sidérante – juste à côté de la plage ouverte à tous les vents, ça doit être plutôt difficile de faire rentrer la balle dans 18 trous différents autour du centre ville sans dégommer le moindre spectateur au passage.


Les "greens" de St Andrews au premier plan,
la plage et les dunes au second plan.


Saint Andrews était la destination finale de notre voyage, mais ce ne fut pas notre seul arrêt : nous sommes également passés à l'aller par les Lomond Hills (qui ressemblent d'ailleurs furieusement au Massif Central), pour une pause panorama, puis nous sommes passés par un village authentique du Kingdom of Fife, Faulkland, qui est un endroit apprécié en haut lieu pour la chasse, et sans doute aussi la seule ville du monde à avoir son église fermée un dimanche de Pâques. Au retour, nous passons par un village de pêcheurs, extrêmement bien conservé, et qui vaut bien une séance photo. À noter que cette séance dominicale sera décisive : je suis soudainement frappé par la grâce, et comprends enfin, après plus de 9 mois d'utilisation, une fonctionnalité extraordinaire de mon appareil photo numérique, qui permet un réglage rapide des paramètres en fonction de la situation choisie. Mieux vaut tard que jamais.


Une falaise dans le village de pêcheurs :
les beaux bleus, admirez les beaux bleus !


"Mieux vaut tard que jamais", c'est aussi ce qu'ont eu l'air de penser les responsables d'Eurostar ce matin. Moi qui m'étais levé à 4 heures pour être à temps à Saint Pancras, ces sadiques ont annoncé retard sur retard avant de prononcer la sentence fatidique : le train ne partirait pas, nous allions être redistribués à travers les trains suivants. Ça a provoqué un léger découragement. Dans la minute qui a suivi cette annonce, les portes se sont ouvertes, et l'embarquement a commencé. Je sais pas si l'annonce de l'annulation du train, c'était pour faire de l'humour, mais en tout cas, à 5 heures du matin, ça passe bizarrement moins bien. Cela dit, on est désormais en France, et tout va bien.


Je reviens à mes moutons : suite et fin du Edinburgh [prononcez édinnebrrrha] trip. De retour de Saint Andrews dimanche à 18 heures, nous restons plutôt sages dans la soirée. Le lendemain lundi, notre dernier jour sur place, nous partons en fin de matinée pour le National Museum, puis le très quelconque Writers Museum, dans lequel vous pouvez avoir l'unique opportunité de voir de vos propres yeux une mèche de cheveux de Robert Louis Stevenson, et de vérifier que la tradition écossaise de la "marche piège" est aussi une réalité pratique. Dans l'après-midi, nous nous posons dans un pub pour déjeuner et échapper à la neige abondante qui tombe sur Edimbourg. Vers 16h30, nous sortons – sous un soleil radieux, allez comprendre – pour profiter des vues depuis une colline à la bordure nord de la ville. Puis, retour vers notre auberge de jeunesse, et départ le soir depuis la Edinburgh bus station. Arrivée définitive à Londres le lendemain matin.


Au dessus de notre guide local, une coupe d'un escalier.

Regardez plus attentivement la troisième marche, minuscule.
L'objectif : surprendre le cambrioleur éventuel.


Au final, ce que je retiens de ce voyage c'est d'abord qu'Edimbourg est une ville magnifique et très agréable, mais aussi que les Écossais ont au moins un point commun avec les Français : ils n'aiment pas beaucoup leurs chers voisins anglais. Dans tous les musées, la spécificité historique de ce peuple celte est mise en avant par une opposition quasi-systématique à l'Angleterre. Les guides touristisques, y compris notre ami australien, ne se lassent pas des piques fréquentes envers les perfides habitants du sud du royaume. Edimbourg est aussi la ville du monde où j'ai vu l'identité nationale la plus affirmée à travers son drapeau : la croix de Saint Andrew, blanche sur fond bleu, est omniprésente, que ce soit devant les bâtiments publics, sur les monuments historiques, dans les places importantes, et surtout dans les nombreux pubs qui bordent le Royal Mile. Le seul personnage qui suscite autant de moqueries que les Anglais est Mel Gibson, dont le fameux film Braveheart passe auprès des locaux pour un joyeux détournement hollywoodien de leur histoire.


La croix de Saint Andrews et une tour, sur une colline surplombant la ville
Ci-dessous, "Flower of Scotland", l'hymne écossais, fameux pour les amateurs de rugby :


O Flower of Scotland
When will we see

Your like again
That fought and died for
Your wee bit Hill and Glen
And stood against him [against who?]
Proud Edward's Army
And sent him homeward
Tae think again.

Those days are past now
And in the past
They must remain

But we can still rise now
And be the nation again
That stood against him [against who?]
Proud Edward's Army
And sent him homeward
Tae think again.


Hymne Ecosse - Flower of Scotland

La vidéo vaut le détour...

Sur ce, je suis bien installé chez moi, à Paris, et je vais donc désormais pouvoir poster ce nouveau message interminable. Je suis à Paris jusqu'au 10 avril, et à Dublin du 11 au 18, puis je rentre sur Londres pour mes examens. Je souhaite aux anglo-saxons un joyeux spring break, et à tous les autres une bonne fin de semaine. Allez, portez-vous bien, prenez soin de vous, on se retrouve dès que possible pour de nouvelles aventures en direct du Canterbury Palace, mais en attendant, d'ici là, surtout, surtout, ne lâchez rien !

jeudi 6 mars 2008

Merseyside Trip

En direct de Canterbury Hall : bien le bonsoir ! Vous aurez – ou pas – remarqué que j'ai un peu ralenti le rythme effréné de mes publications de message sur ce blog, j'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur. No comment. Au programme ce soir, un des points culminants de l'année Erasmus à Londres, si ce n'est de ma vie d'étudiant. Un des points culminants, que dis-je?, c'est l'Everest de l'intensité dramatique sur ce blog, au moins. Bref, je parle de foot. Je vous avais donc dit il y a quelques semaines que j'avais obtenu une place pour un match de Liverpool « début mars ». Pour être plus exact, c'était le 5 mars, soit hier, et j'entreprends donc dès aujourd'hui de vous faire part de mes aventures liverpuldiennes.

Le précieux sésame : le ticket d'entrée pour Anfield Road


Ça commence de façon un peu rude : 6 heures de car depuis la Victoria Coach Station de Londres pour arriver sur place – parce que Liverpool, c'est loin, mais alors très loin au nord, à l'embouchure du fleuve Mersey. Sur notre route vers Anfield Road (l'enceinte des Reds du Liverpool FC, et ma destination finale), nous passons devant deux autres stades majeurs, à savoir le nouveau Wembley (banlieue de Londres), et, plus surprenant, le Villa Park (Birmingham). Autre remarque constructive : le car que j'emprunte est à moitié rempli de gens en maillot rouge, comme moi. À l'arrivée, petit cafouillage : je me retrouve débarqué à Birkenhead Coach Station alors que sur mon ticket il y avait marqué que je m'arrêtais à Edge Lane Coach Stop. Bref, ça reste Liverpool, donc je demande quel bus prendre pour le quartier d'Anfield Road, et je me retrouve là-bas en moins de deux livres. Il est 16h30, le coup d'envoi est à 20h00, j'ai donc comme qui dirait du temps à tuer.


La tribune historique du Kop, vue de l'extérieur


Après moult tergiversations, je me balade un peu dans les alentours du stade pour me repérer plus facilement à la fin du match. Le quartier n'est pas ultra gai, essentiellement des pavillons résidentiels et quelques pubs. Je passe également par la boutique officielle du stade pour m'acheter une écharpe du club (ce qui, vous le verrez, ne fut pas seulement anecdotique). Ayant fini mon repérage des environs, je me pose dans l'un d'entre eux pour attendre l'ouverture de l'enceinte. Ce pub est assez clairement une annexe du stade lui-même, comme en témoigne la multitude de drapeaux du Liverpool FC sur la façade, évidemment le nombre considérables de fans Reds désœuvrés à l'intérieur, et même un poster humoristique égratinant au passage le grand rival du LFC, l'autre club de Liverpool : les Toffees d'Everton, dont le stade est situé à 250m à vol d'oiseau de celui d'Anfield. Les 'Merseyside derbies' (rencontres Liverpool FC-Everton) sont réputées pour leur intensité. À 19h, je me dis que j'ai déjà assez traîné dans le pub, et décide donc de passer aux choses sérieuses, en pénétrant dans l'enceinte mythique (pour ceux qui connaissent, certes) d'Anfield Road.

Pour l'anecdote, les portes et tourniquets d'entrée du stade : faut pas être gros...


Je vous épargne une description exhaustive de l'heure qui s'écoule d'ici au coup d'envoi, entre échauffements des joueurs et remplissage progressif du stade. À 19h55, les joueurs de Liverpool et de son adversaire du jour, soit West Ham, rentrent sur la pelouse. C'est l'occasion d'une tradition légendaire sur les bords de la Mersey : le public entonne en cœur l'hymne du club, le fameux You'll Never Walk Alone. Difficile de décrire l'impact émotionnel d'une telle scène pour moi, et pour un fan de Liverpool en général, à qui cet hymne d'encouragement rappelle nécessairement tout plein de souvenirs. Je vous épargne le contenu détaillé du match, qui s'achèvera sur le score de 4-0 en faveur des locaux, avec un triplé du phénomène espagnol Fernando Torres et un but sur frappe lointaine du capitaine légendaire de Liverpool, Steven Gerrard, formé au club.

Les deux joueurs Reds sur la partie gauche du terrain sont Torres (le numéro 9) et Gerrard, plus haut


Ce qui m'a particulièrement frappé pendant ce match, c'est que j'ai pu vérifier à quel point Anfield Road est différent de ce que j'ai pu voir des stades de foot français, notamment du Parc des Princes à Paris. D'abord, pour une question architecturale : si Anfield comme le Parc ont une capacité d'environ 40 000 personnes (ce qui est faible pour un club de standing européen), la différence se situe au niveau de l'organisation de l'espace. À Anfield, et dans les stades anglais en général, il n'y a aucune séparation entre le public et la pelouse. Les supporters font office de ramasseurs de balle si celle-ci sort des limites du terrain, et quand un joueur prend un mètre d'élan pour effectuer une touche, les supporters du premier rang peuvent lui taper sur l'épaule. Ce qui change aussi radicalement, c'est l'attitude, car le public fait véritablement corps avec son équipe : aucune invective entendue en 90 minutes à l'encontre de joueurs Reds pourtant parfois maladroits. Les adversaires sont aussi plus que respectés dès lors qu'ils ne font pas de provocation : le gardien de West Ham a été applaudi avec fair-play par la tribune des 'ultras', le Kop, au changement de côté à la mi-temps.

La tribune du Kop vue de l'intérieur, derrière la cage de but

Plus surprenant, le public participe presque au jeu, un peu comme pourrait le faire un entraîneur depuis son banc de touche : si un adversaire fond par derrière sur un joueur local en possession du ballon, c'est tout un stade qui lance « Watch out! » (« Attention ! ») pour prévenir le joueur de Liverpool d'un danger imminent (j'ai moi-même du mal à y croire, mais je vous assure que ça marche, ça a à un moment donné permis à l'Argentin Mascherano d'effacer un adversaire qu'il n'avait pourtant pas pu voir venir). De plus, quand un Red a le ballon à 25m du but adverse, et qu'il n'a pas de solution de passe vers un partenaire, Anfield s'écrie comme un seul homme « Shoot ! ». Ça peut paraître anodin, mais c'est très impressionnant de voir ces réactions unanimes et spontanées, qui paraissent vraiment rodées au niveau du timing. Au final, un public extrêmement positif, et le fait que l'enceinte soit totalement close (pas de toit, mais des murs tout autour) ajoute à l'intensité acoustique. Quand Anfield pousse derrière son équipe, je peux vous dire que je n'aimerais pas être sur la pelouse avec un maillot adverse sur mes épaules. Petite anecdote pour les connaisseurs : il y a un seul joueur de Liverpool pour lequel le public ne crie pas « Shoot ! » quand il se retrouve en position de tir. Il s'agit du capitaine Steven Gerrard, sans doute le spécialiste moderne des frappes lointaines, donc quand il percute plein axe, tout le public retient son souffle, parce qu'on se doute bien que de toute façon, s'il le peut, il va tirer... D'ailleurs, ça a pas loupé, c'est comme ça qu'est venu le 4ème but des Reds. Bref, une atmosphère extraordinaire malgré une pression minime – ayant ouvert le score rapidement, Liverpool a pu se permettre de gérer son avantage –, une expérience géniale pour le fan de foot que je suis.

Pour vous donner une idée de la proximité : l'échauffement des Reds avant le match,
sous l'oeil attentif des nombreux stadiers (en orange - eux aussi...)


Ensuite, une fois le match fini, je sors du stade – évidemment, ok. Et c'est là que ça commence à devenir marrant. En jeune homme bien organisé que je suis – je ne suis pas à proprement parler ce qu'on appelle un maniaque, seulement j'aime que tout brille et que tout soit bien rangé –, j'avais dans ma poche quelques annotations au crayon de papier pour me guider, par la grâce de Mappy, entre Anfield Road, le centre historique de la ville des Beatles, et mon arrêt de car. À mon arrivée à Liverpool, alors que j'étais encore dans le car, j'avais repéré un Mac Donald's pas très loin du 'coach stop' qui restait ouvert la nuit jusqu'à 5h du matin. Mon car pour le retour étant à 6h30 le matin, je m'étais dit qu'à la fin du match, j'irai passer la nuit devant un frites-Coca après m'être plus ou moins longuement baladé dans le centre-ville. Par précaution, j'avais pris l'adresse d'un 'backpackers hostel' bien situé. C'est donc l'esprit léger que je me suis promené après le match dans le centre-ville de Liverpool, ce qui m'a permis de vérifier plusieurs choses (impressions de nuit) : d'abord, cette agglomération n'est pas du tout la ville sinistrée à laquelle je m'attendais, la reconversion post-industrielle a été bien réussie, et la partie historique vaut le détour ; ensuite, ça ne craint pas du tout, c'est plutôt jeune et étudiant, y compris sur les docks où je me suis rapidement baladé ; enfin, la cathédrale de Liverpool ressemble presque autant à une imitation ratée de l'attraction 'Space Mountain' de Disneyland Paris qu'à une pièce montée en béton.

La cathédrale de Liverpool (si !)


Plus de deux heures après le coup de sifflet final, je commence mine de rien à fatiguer un peu, à avoir bien faim, et me dirige ainsi vers Edge Lane Drive et mon Mac Donald's. Parvenu là-bas sur le coup de 00h30, très mauvaise surprise : le restaurant ferme à minuit, ce qui est ouvert jusqu'à 5h c'est le 'Drive-thru' (Mac Drive en français, je crois). Abattu mais pas désespéré, je fais mine d'être convaincu d'être à l'intérieur d'un véhicule à quatre roues, et fais donc la queue pour commander un menu. La serveuse, un peu intriguée de me voir paumé dans la banlieue de Liverpool à une heure pareille, remarque mon écharpe du Liverpool FC, et me demande si je suis allé au match. Je lui réponds que oui, passe ma commande, puis enchaîne en lui demandant si elle n'a pas idée d'un endroit ouvert 24/24h, genre un centre commercial, où je puisse passer la nuit, comme mon car n'est que le lendemain matin. Ce sur quoi la serveuse me propose ce que je n'espérais plus trop (toutes les lumières de la partie « restaurant » étant éteintes, les cuisines et les guichets Mac Drive seuls fonctionnant), à savoir de rentrer pour passer la nuit dans le fast-food.

Les cuisines du Mac Do, depuis la salle sombre


Je suis donc gracieusement invité à l'intérieur, et fais connaissance avec l'équipe de nuit, 4 jeunes (la vingtaine ou un peu plus), à qui je raconte ma journée. Je me fais aussi petit que possible, me doutant que si le manager du fast-food débarque en ma présence, ces 4-là risques d'avoir des ennuis. Mais il se trouve que c'est décidément mon jour de chance : les 4 jeunes sont tous ... des fans du Liverpool FC, et par solidarité avec l'un des leurs (cf mon écharpe et le maillot que je portais sous mon manteau), ils multiplient les attentions à mon égard. Me voyant un peu rafraîchi, car il fait froid dans le nord de l'Angleterre (j'en avais déjà parlé pour York), ils me proposent un chocolat chaud, que j'accepte. Alors que je plonge vers mon porte-monnaie, le responsable de la bande m'arrête aussitôt : pas besoin de payer, 'it's free... for a Liverpool supporter'. Ne revenant pas de la chance qui m'écrase, je me vois offrir ensuite un doughnut et un autre Coca, le tout au chaud, avec pour seule « contrainte » d'expliquer un peu qui je suis, d'où je viens, et ce que j'ai pensé du match. Cela dit, vers 2h30 du matin, je commence à être épuisé, après une longue journée, et l'équipe de nuit note ma fatigue et me propose d'aller me coucher... dans la salle de repos réservée au staff, en sous-sol, en promettant de me réveiller à l'heure que je souhaite pour mon car.

La salle de repos du staff et ses canapés


Finalement, je quitte ce Mac Donald's et ces 4 jeunes si accueillants à 5h30 du matin, le temps d'être sûr de trouver le bon arrêt de bus, sécurité utile qui m'a permis de ne pas l'attendre en vain à la mauvaise adresse que j'avais notée... Après 6 nouvelles heures de car, je suis de retour à Canterbury Hall, et après une courte sieste, je repars pour mon cours de 'New World', à 16h. Ce soir, au dîner, l'américain Nate, à qui je venais de raconter ma nuit, me demanda sur le ton de la plaisanterie incrédule : 'And when you woke up in the staff room... you stil had your wallet ?!?'. Oui. Comme quoi, le football n'est pas qu'un vecteur d'hypocrisie, d'agressivité et de millions d'euros, n'en déplaisent à certains. C'est aussi ça que j'apprécie dans le football anglais, et tout particulièrement dans le club de Liverpool : sans aller jusqu'à parler de « valeurs », c'est un esprit de communauté bien plus sain que ce que l'on pourrait rencontrer ailleurs. Je vois par exemple mal un supporter de l'OM en aider un autre pour cette raison, et a fortiori entre supporters du PSG... Agréable mise en pratique de la devise du Liverpool Football Club : 'You'll Never Walk Alone'... On en redemande !

Le portail d'entrée d'Anfield Road, pour la route...


Sur ce, C'mon Liverpool, et atchao bonsoir !